24 décembre 2013

Le Noël peu banal de la famille Mundane

Chers petits lecteurs adorés, puisque c'est Noël, je vous fait cadeau d'une autre de mes nouvelles. Alors, vous êtes contents ?
[silence]
Je vous emmerde.

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La famille Mundane (prononcé « Moune-danne », s'il-vous-plait, c'est danois) avait ceci de particulier qu'elle n'avait strictement rien de particulier, et ceci d'intéressant qu'à vrai dire elle n'était nullement intéressante. Pour vous donner une idée de l'absence totale de particularité et d'intérêt de la famille Mundane, considérez que si cette famille était un modèle de voiture, ce serait une Renault 4L. Si c'était une couleur, ce serait le gris pigeon. Si c'était un jeu de société, ce serait le morpion. Ils étaient si inintéressants qu'aucun épithète ne saurait les décrire avec précision. Ils avaient élevé l'art d'être banal au point que ce mot n'avait plus de sens. Voici pourtant l'histoire de comment cette famille eu un Noël qui mérite presque d'être conté.

Le père de famille, Gilbert Mundane, était âgé de 47 ans et entretenait, en plus d'une passion modérée pour la culture des pétunias, une moustache brune qui jurait très bien avec ses cheveux gris. Gilbert travaillait comme comptable (« pas expert-comptable, non, enfin, pas encore, mais qui sait, la vie c'est le changement, ho ho ho. ») dans une entreprise de fabrication de tubes métalliques où ses collègues de bureau le surnommaient affectueusement « le boche », car l'Allemagne et le Danemark, c'est kif-kif, non ? Ses distractions, outre arroser suffisamment ses fleurs pour ne pas qu'elles meurent, consistaient en la consommation de bière blonde en canettes et l'observation assidue de son écran de télévision, observation qu'il entrecoupait à intervalles réguliers de commentaires sur la stupidité des programmes et la multiplication envahissante des publicités.

Il arrivait à Gilbert Mundane de voter aux élections. Un observateur quelque peu cynique dirait que son allégeance politique dépendait du temps qu'il fait : ensoleillé, il votait socialiste ; couvert, il votait à droite ; orageux, il votait communiste ; pluvieux, il votait à l'extrême-droite (mais « uniquement pour protester, houlà ! »). Un observateur très cynique dirait également que par temps neigeux, il voterait sans doute au centre, mais cet observateur aurait tort : les jours de neige, Gilbert Mundane restait chez lui et ne votait pas, tout simplement. Après tout : "voter, bon, je veux bien, mais c'est pas un vote qui fait la différence, ah ça non. »

Gilbert Mundane aimait sa femme et ses enfants, presque autant qu'il aimait ses charentaises (« souvenir de nos vacances en Charente-Maritime, ah, c'était joli là-bas, hein maman ? »). Il aimait aussi son chien Chirac (nommé ainsi « pour une blague que m'a faite un copain, ho ho ho. »), qu'il lui arrivait même de caresser juste sous le col en l'appelant (« ho ho ho. ») Chichi. Le toutou s'en foutait éperdument, ayant grâce au Ciel perdu à peu près toute forme d'ouïe à mesure que l'âge l'emportait sur son métabolisme canin, et remarquant à peu près autant les caresses que le fonctionnaire moyen remarque la frustration qu'il provoque chez le client avec lequel il a affaire. Et puis, tant qu'on ne lui mettait pas un coup de pied au cul, c'était à peine s'il remarquait les humains qui l'entouraient.

Roberte Mundane, 45 ans, épouse de Gilbert et coupable avec lui de la mise au monde des deux adorables bambins que nous présenterons ci-après, était une femme réservée au point qu'on n'avait jamais même besoin de lui demander de fermer sa gueule. C'était une femme qui, de par son existence, contredisait le vieux dicton selon lequel on ne pouvait se fier aux apparences ; elle était en effet aussi plate d'esprit que de corps. C'était une femme dont la personnalité était à peu près aussi vide que l'avenir d'un doctorant en philosophie, et tout aussi inintéressante que le curriculum de ce dernier. Roberte n'avait ainsi jamais eu de véritable hobby, ni vraiment de passion, ni réellement de métier durant toute sa vie.

Son activité favorite -non, disons plutôt l'activité qui revenait le plus souvent sur son emploi du temps- était de nettoyer les pièces de la maison qu'elle avait déjà nettoyé hier. Et puis les objets que contenaient cette pièce. Lorsque le désœuvrement l'envahissait de trop, il lui arrivait, dans un moment d'égarement sans doute, de boire jusqu'à un verre de vin blanc par semaine. Certes, elle le faisait cuire auparavant pour éliminer la majeure partie de l'alcool et le diluait dans trois-quarts d'eau afin de se débarrasser du goût, de crainte qu'elle ne sombra plus avant dans l'alcoolisme, mais tout de même.

La cuisine de madame Mundane était à l'image de la maîtresse de maison : terne et sans surprise. Les épices et l'exotisme étaient des concepts aussi étrangers à Roberte que l'astrophysique l'est à l'acarien, ou que l'autocritique l'est au politicien. Si certains ont le talent de faire surgir des goûts insoupçonnés dans des ingrédients ordinaires, Roberte avait elle le don de rendre saumâtre et fade même le plat le plus appétissant sur le papier.

Edmond fut le premier enfant à naître des époux Mundane. Dès lors qu'il entra dans l'adolescence, il s'empressa de considérer cette naissance comme l'équivalent de l'un des plus terrifiants accidents biologiques depuis l'extinction des dinosaures, ou du pire coup de pute jamais réalisé par les dieux. En effet, pour Edmond, seize ans, l'âge idiot était arrivé, cet âge où il semble neurologiquement impossible à un garçon de ne pas vomir le moindre mot émit par ses parents, cet âge où le monde n'a plus d'autres couleurs que les teintes de gris béton et de brun merde de chien, cet âge enfin où la voix de celui qui sera bientôt un homme -à supposer que le tueur pédophobe local n'y vit pas d'inconvénient- donne l'impression à son entourage que quelqu'un grince des dents contre un tableau noir tout près de leurs oreilles.

Comme déterminé à aggraver son cas, Edmond décida, Dieu lui-même ignore comment ou pourquoi, qu'il possédait un talent pour la poésie. C'est ainsi que du soir au matin, du matin au soir, jusque pendant les cours, les repas et les pauses pipi, l'adolescent gribouillait des cahiers entiers de sa prose dégoulinante de déprime morose. Ses sujets de prédilections étaient, dans cet ordre d'importance : son malheur, son blues, son désespoir de vivre et la fatalité de la vie. Qui plus est, un critique littéraire qui aurait par extraordinaire étudié ses œuvres aurait découvert que l'essentiel de son talent provenait du dictionnaire de synonymes intégré à Word. Ce même critique aurait également regretté qu'Edmond n'ait point aussi employé le correcteur orthographique du même logiciel. Le niveau moyen de ces créations atteignait précisément ce degré de nullité où ils ne pouvaient même pas être appréciés au second degré, mais sans toutefois être si nuls qu'ils en deviennent exceptionnels, à la façon d'un film d'Ed Wood. Ses poésies étaient simplement d'une nullité ordinaire. 

Ne trouvant dans son entourage de lycéen aucune personne suffisamment peu versée dans la littérature pour apprécier ses poèmes, Edmond se tourna naturellement vers les réseaux sociaux. Là, il consacra le temps qu'il n'investissait pas dans la rédaction de ses colombins à leur mise en ligne afin que le monde soit témoin de son talent comparé au reste de sa génération qui baignait dans l'illettrisme -il commettait toujours au moins deux fautes lorsqu'il écrivait ce mot. Puisque personne ne semblait vouloir le faire, il rédigeait lui-même les commentaires et critiques de ses propres poèmes.

Le tableau familial s'achevait avec le dernier des deux fils, Édouard, qui de tous les Mundane était le plus proche d'avoir un trait qui pourrait être vaguement considéré comme intéressant. Ou du moins particulier. L'enfant n'avait pas deux ans que déjà son comportement suscitait une curiosité quelque peu alarmée de ses parents. Ainsi, il lui arrivait entre autres bizarreries de manger des morceaux de tapisserie qu'il arrachait aux murs, de s'enfoncer sa fourchette en plastique dans les fesses et de cracher dans son biberon pour le boire ensuite, ce qui laissait les parents Mundane circonspects. Plus ou moins inquiets, ceux-ci s'en allèrent montrer le marmot à tous les pédiatres, pédopsychiatres et gynécologues de la région. Ils découvrirent très vite, ébahis, qu'un gynécologue n'a en fait absolument rien à voir avec les maladies infantiles (« ah ben on se couchera moins bêtes, ho ho ho. »). Quant à Édouard, on lui fit passer toute une série de tests. Les résultats étaient clairs : le dernier des Mundane, loin d'être autiste ou trisomique, était simplement un peu con. Ça n'était pas du ressort de la médecine, et ça n'avait rien d'exceptionnel. Rien du tout.

Les parents Mundane acceptèrent la nouvelle avec un haussement d'épaules et le gosse continua sa vie de petit con jusqu'à entrer dans sa quatorzième année, date à laquelle il devint officiellement un con de taille moyenne. Ce fut également à cette période approximative que le mot « con » perdit finalement de son attrait pour Édouard, sans doute parce qu'il l'avait utilisé à toutes les sauces dans toutes ses conversations depuis que son père le lui avait involontairement appris cinq ans plus tôt. Il décida donc fort logiquement de passer au mot « bite », ce qui cadrait tellement bien avec le moment de l'éveil de ses hormones qu'on eu peut soupçonner quelque malice de sa part s'il eut été quelqu'un d'autre.  

Les distractions d'Édouard incluaient mettre de la purée ou de la pâte à modeler dans les oreilles du chien, aidé du fait que celui-ci s'en tamponnait l'entendement en raison de la surdité sus-mentionnée, manger du papier -avec une préférence pour les feuilles à grands carreaux- et produire ce qu'il considérait comme être de la musique avec ses gencives.

Tout ce petit monde s'apprêtait donc à passer le réveillon de Noël en famille, une soirée qui était traditionnellement réduite à un dîner devant la télévision, suivie d'une bûche à la génoise que, grâce en soit rendue aux dieux, Roberte achetait au rayon surgelé plutôt que de la faire elle-même. Ensuite de quoi la famille retournait vaquer à ses occupations, ou à l'absence d'icelles.

Cette année-là, Gilbert avait poussé le luxe jusqu'à acquérir un sapin de Noël, d'une taille de trente centimètres, qu'il avait posé sur le poste de TV et auquel il avait ajouté une guirlande électrique dont la lumière rougeâtre crue et clignotante n'était pas sans rappeler le néon de l'enseigne d'un sex shop. Quelques branches de l'arbre avaient également été décorées d'anneaux d'ouverture de canettes de bière par le fils cadet. Ce machin vert, rouge et gris argenté, trônant devant les rideaux roses et la tapisserie beige du salon, avait en plus l'avantage de niquer les yeux de toute personne tentant de regarder la télévision tranquillement. Gilbert, qui en était pourtant le plus incommodé, refusa cependant de le déplacer, à la fois parce qu'il n'y avait nulle autre endroit ou le mettre et par fainéantise (« bof, de toutes façons, y'a rien à la télé ces temps-ci, ho ho ho. »).

Ce jour du 24 décembre, Gilbert avait accepté de rester quelques heures supplémentaires au bureau afin d'apporter quelques corrections très importantes au bilan annuel de son entreprise (« « comptabilité » ça prend toujours deux « l », ah bah heureusement que je suis là quand même, hein ? Ho ho ho. »). Sa famille avait accepté de retarder l'heure du dîner, car c'était Noël et parce que de toutes façons une dinde dégueulasse et des pommes de terres mal cuites ne seraient pas moins immondes si on les consommait à vingt heures plutôt à qu'à dix-sept heures.

Gilbert Mundane arriva donc sur les coups de 20 heures et 42 minutes (« ho là là, la circulation en ce moment, vous le croiriez pas, ho ho ho. ») et trouva ses deux adolescents effondrés sur le canapé avec cet air joyeux qu'on affiche volontiers devant les pages de publicité, et sa femme dans la cuisine à observer le four comme s'il s'y trouvait quelque révélation divine. Gilbert partit d'un « joyeux Noël tout le monde ! » en échange duquel il reçut un « hum », un « bof » et un « ta gueule, on regarde Sabatier. ».

On passa rapidement à table. La famille se jeta sur les plats de telle façon qu'un observateur indépendant aurait cru en voyant les Mundane qu'ils tenaient à s'assurer que la dinde était bien morte en la déchirant en multiples morceaux avec rage avant de l'enfoncer dans leurs gosiers respectifs avec un bref mâchouillage. On aurait crû à un documentaire animalier, ceux où l'on voit de grands félins se jeter sur des herbivores pour les réduire en lanières de chair, à ceci près qu'ici les animaux étaient bipèdes, plus graisseux que gracieux et que le chef de meute portait un bonnet de fête en carton rouge fluo.

La bûche connut le même sort sitôt que les Mundane eurent roté les derniers abats du volatile. Lorsqu'il n'en resta plus que les figurines en plastique, Gilbert, d'un geste de la main plein de mansuétude et de tâches de chocolat, autorisa ses enfants à disparaître de sa vue. Il se leva à son tour, si brusquement qu'il en renversa son verre de gros rouge, heureusement -et naturellement- vide. Posant une palluche attendrie, dans laquelle se trouvait encore un reste de pomme de terre, sur l'épaule de son épouse, il lui tint à peu près ce langage :
« C'était pas mal, maman. Hurps. » ajouta-t-il en hoquetant et éructant simultanément.
L'intéressée renifla pour toute réponse.

La soirée se passa plus vite encore que le souper. Il y eut des rires, des chants, des larmes, des souvenirs nostalgiques des Noëls passés et nombre de démonstrations de bons sentiments. Dans les émissions télévisées qu'ils regardèrent, cela va sans dire. En ce qui concerne la famille elle-même, ils filèrent dans leurs chambres respectives sitôt l'inévitable diffusion annuelle de Le père Noël est une ordure terminée.

Personne ne souhaitant réveillonner, tout le monde s'enferma dans sa chambre, ferma les volets, monta le chauffage et alla se coucher (à l'exception d'Edmond, qui décida de consacrer son temps libre à la rédaction d'un poème fustigeant Noël comme n'étant qu'une fête inventée par Coca-Cola pour augmenter son chiffre d'affaires, ainsi que les hordes de moutons qui, n'étant pas Edmond, se laissaient avoir chaque année ; une opinion des plus originales à n'en pas douter). Gilbert enfila son pyjama et se mit au lit en faisait la liste de tout ce qu'il allait pouvoir faire le lendemain : rester assis sur le canapé à roupiller, se lever pour aller chercher une bière au frigo, puis s'asseoir sur le fauteuil à côté du canapé pour roupiller.

Il était plus de dix heures du matin quand il se réveilla. Pris d'une pulsion qu'il n'avait pratiquement plus qu'une fois par année bissextile à son âge, il se tourna vers sa femme et lui secoua l'épaule.
« Hé, maman, ça te dit ? » gloussa-t-il avec toute la finesse dont il est était incapable.
Roberte ne produisit pas un son, et ne bougea pas non plus d'un pouce.

Gilbert s'avisa qu'elle faisait semblant de dormir pour ne pas avoir à répondre, et que ça devait vouloir dire qu'elle n'était pas intéressée. Il se leva et se mit en devoir d'occuper ses pensées avec autre chose que son érection. Il se dirigea vers la salle de bains en sifflant et poussa la porte. Edmond était déjà à l'intérieur, la tête plongée dans la cuvette des toilettes, les bras ballants. Cette vision déclencha un rire gras chez Gilbert qui se flatta de mieux tenir l'alcool que son rejeton intellectuellement amoindri. Il souleva le corps du môme, lui essuya le visage avec la balayette des W.C., puis le lâcha sur le tapis près de la douche.

Une fois le lavage de sa masse corporelle  terminé, Gilbert descendit dans la salle à manger pour déguster sa première bière du matin. Ainsi qu'il aimait le dire à qui voulait bien l'entendre, cet-à-dire uniquement à son chien : « Bière à jeun, bière très bien. » (à se demander de qui Edmond tenait son don pour la poésie). En pénétrant dans la salle, il trouva, effondré sur la table basse, son autre fils Edmond. Gilbert fut surpris de ce tableau. Edmond, de ce que son père savait de lui, n'était pas du genre à boire, encore moins à se livrer à quelque acrobatie que ce soit impliquant une table basse. Le père de famille en déduisit qu'il se passait quelque chose de pas tout à fait normal.

Il prit son fils par les épaules et le secoua comme un prunier en prononçant son nom. Aucun résultat. Il lui souleva la tête, puis la laissa tomber. Pas de réaction. Gilbert sortit alors son paquet de cigarettes et lui en colla une dans chaque narine, puis dans chaque oreille, avant de glousser comme un gosse de maternelle qui vient de découvrir que la nature l'a pourvu d'une zigounette. S'arrêtant brusquement de rire, il comprit finalement que ce qu'il se passait, non content de ne pas être tout à fait normal, était même plutôt anormal.

Paniqué, il prit son téléphone et composa le numéro de l'hôpital le plus proche. Une réceptionniste de toute évidence encore beurrée lui répondit :
« Mwallo, hôpital de Couïc-la-Vieille, que puis-je pour vous ?
- Faut m'aider, beugla Gilbert. Y'a ma femme, mon fils et le débile qui bougent plus. Ils sont malades ou un truc du genre !
- Mmmmh. Vous avez pris leur pouls ?
- Ah non, j'ai rien pris du tout, vous m'avez pris pour qui ? Et puis d'abord mon fils est très propre, je vous ferais dire !
- Non, monsieur, je veux dire : avez-vous vérifié les battements de leur cœur ?
- Ah ! Ah ben non, attendez.
Gilbert s'approcha d'Edmond en tendant le cable téléphonique au maximum, puis plaqua la main sur sa poitrine, au niveau du poumon droit.
- Ah ben ! éructa-t-il. Ah ben, je crois bien qu'il en a pas !
- Mmmmh. Pouvez-vous vérifier s'ils respirent, je vous prie ?
Le père colla son oreille contre le nez et la bouche du fiston.
- Ah ben on dirait bien que non ! Ils respirent pas, ils poulsent pas ! Ca doit être un peu grave ce qu'ils ont comme maladie !
- Mmmmh. C'est un peu comme s'ils étaient morts, en fait ?
- Oui, exactement comme s'ils... Ah ben j'suis con, s'exclama-t-il en pouffant alors que venait de jaillir dans son esprit un éclair de génie qui en aurait fait pâlir d'envie Archimède et sa baignoire. Ils sont pas malades en fait, ils sont morts. Excusez du dérangement, bonne soirée et joyeux Noël. »

Gilbert raccrocha au nez de la réceptionniste qui s'apprêtait à lui expliquer qu'elle allait quand même envoyer une ambulance sur les lieux. Il se mit une gifle sur le front. Était-il bête ! Sa femme ne le boudait pas, son fils n'était pas malade et l'autre n'était pas ivre. Ils étaient morts ! Gilbert s'avisa qu'en y réfléchissant, c'était même plutôt évident.

Sourcillant quelque peu, Gilbert se demanda ce qui avait bien pu se passer. N'ayant pas spécialement envie de se creuser la cervelle le jour de Noël, il conclut que ce devait être la cuisine de sa femme. Ah ça ! se dit-il. Pour que la dinde ait un goût de viande blanche, faut qu'elle soit mal cuite ! Ce n'est que lorsqu'il jeta un œil à son sapin qu'il fut forcé de constater que son hypothèse initiale était, pour parler par euphémisme, complètement à côté de la plaque.

Le sapin de Noël, en effet, était n'était plus qu'une motte de plastique noire fondue. Un rideau tout entier et une partie de la tapisserie avaient également disparu. La guirlande, de toute évidence, avait eu un court-jus, provoquant un départ de feu qui s'était rapidement étendu. Les fumées émises par le plastique brûlé et les matériaux bon marché en avaient ensuite profité pour aller se balader un peu partout dans la maison et en occire les occupants.

Oui mais alors, comment expliquer que Gilbert Mundane ait survécu, alors que même sa femme, qui dormait à ses côtés, avait été refroidie ? La véritable raison, Gilbert ne la connut jamais. Peut-être n'y en avait-il tout bonnement pas. Peut-être, tout simplement, était-ce que Gilbert Mundane était un homme si inintéressant que la Mort elle-même n'avait pas fait attention à lui.
« Ah ben y'a des jours où on ferait mieux pas se lever, hein ! » mugit-il en guise d'ultime trait d'esprit avant de retourner se coucher.

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Ainsi ce conclut cette belle histoire pleine de poésie et de bons sentiments. Bonnes fêtes de fin d'année à tous. Prochain article le 6 janvier 2014.

16 décembre 2013

Moi, mon pire ennemi - partie 2

C'est l'heure de la suite de ma nouvelle ! T'es content, hein ?

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Partie 2 : Moi contre moi et Godzilla


Cette situation aussi embarrassante qu'inexplicable durait déjà près d'un mois lorsque je me décidai enfin à faire quelque chose. Seul, car mon autre moi semblait se moquer complètement de l'absurdité totale de vivre avec moi, alors qu'il était censé être moi. Ou l'inverse. Merde.

J'invitai un beau jour mon médecin dans mon appartement en prétextant une visite à domicile. J'avais du lui faire croire que je m'étais cassé une cheville pour qu'il accepte. Il s'appelait Ernest Edmond Grolleau, et je savais d'expérience qu'il y avait peu de choses qu'il détestait davantage que ceux qui faisaient des calembours sur son nom, chose qui nous rapprochait. Il était âgé de quarante-neuf ans et était normalement en pleine forme, ce qui ne l'empêcha pas de manquer de faire une attaque en découvrant la véritable raison pour laquelle j'avais besoin de lui.

Je ne saurais pas trop expliquer quel raisonnement m'avait amené à appeler un médecin pour résoudre le problème qui était le mien. J'imagine qu'il fallait bien commencer par consulter quelqu'un, n'importe qui, à ce sujet, vu que j'étais moi-même complètement dépassé. Et autant que ce fut un médecin, quitte à ce que celui-ci me redirige vers un spécialiste (j'espérais seulement que ledit spécialiste ne s'avérerait pas être un psychiatre, parce qu'il n'aurait plus manqué que ça).

Le docteur Grolleau me serra la main, puis avisa l'autre moi. Après un instant de flottement, le docteur Grolleau me dit :
"J'ignorais que vous aviez un frère, monsieur Innocent.
- Ouais, moi aussi, répliqua mon imbécile d'alter ego à ma place. C'était pénible au début, mais on s'habitue vite, en fait.
Le médecin le considéra pendant un instant. J'expliquai alors :
- Je n'ai pas de frère. C'est mon... enfin... c'est... Enfin, c'est la raison pour laquelle je vous ai fait venir.
- Je ne comprends pas, marmonna Grolleau.
- Oh, je sens que ça va être marrant, lança l'autre moi.
- Je ne comprends pas non plus, à vrai dire." dis-je en toute franchise.

Je lui fis néanmoins un récit circonstancié de l'apparition dans ma vie de moi-même, une histoire qui, je m'en rendis compte au moment de la répéter, comportait plein de trous scénaristiques, dus en grande partie à mon incompréhension de ce qui m'arrivait. Il fallut un quart d'heure au bon docteur pour se remettre de son émoi lorsqu'il comprit que j'étais tout ce qu'il y a de plus sérieux.

9 décembre 2013

Moi, mon pire ennemi - Partie 1

Lecteur, sans doute ne le sais-tu pas, mais ton prophète la Sainte Ironie, en dehors de ses moult occupations telles que la conquête du monde, les internements en milieu psychiatrique et le badminton, est également écrivain à ses heures perdues. C'est ainsi qu'un beau matin, il lui vint l'idée de la nouvelle ci-après, qu'il écrivit en deux heures montre en main. Pourquoi en deux heures ? Tout simplement parce que pourquoi pas ? N'ayant nulle part d'autre où la poster, et trouvant que ce serait ridicule de créer un blog spécialement pour ça, il a donc décidé de t'en faire profiter ici. T'es content, hein ?

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Partie 1 : C'est pas moi, c'est moi


Cela fait maintenant un mois que mon autre personnalité vit avec moi. Quand je dis « avec moi », je ne veux pas dire que j'ai un autre moi qui vit en moi, comme si j'avais un trouble de la personnalité ou un truc de ce genre. D'ailleurs, est-ce qu'on peut vraiment dire que c'est un autre moi ? Je veux dire, psychologiquement on... Bon, vous savez quoi ? Le mieux, c'est que je vous raconte tout ça depuis le début, sinon on va encore me prendre pour un maboul et ce serait dommage.

Ça a commencé un bon matin -disons un matin médiocre, au vu des circonstances- alors que je venais de me lever et que je me traînais vers la douche, baillant à m'en décrocher la mâchoire. La porte de la salle de bain était verrouillée. Déjà, à ce moment-là, j'aurais du me douter qu'il y avait quelque chose d'anormal, puisque je vis seul -célibataire depuis vingt-huit ans, en fait. Mais je suppose que j'étais mal réveillé. C'était un lundi matin, après tout. Je frappais à la porte.
"Ouais, ouais, juste une minute, fit une voix beaucoup trop familière.
- Qui est là ? m'écriai-je.
- Le pape. me répondit la voix. Je fais mes ablutions matinales."

Bien malgré moi, je pouffais de rire. C'était tout à fait mon genre d'humour : tellement nul que c'en était irrésistiblement marrant. Mon invité surprise libéra bientôt la salle d'eau. Au moment où il ouvrit la porte, je me sentis soudain parfaitement éveillé.

C'était comme me tenir devant un miroir, sauf que l'image projetée était bien là en chair et en os, qu'elle sentait le savon de Marseille et qu'elle me faisait signe de m'écarter avec impatience. Il dut me falloir une bonne minute pour reprendre le contrôle de mes fonctions motrices et faire un pas de côté. L'autre fila vers la cuisine et se prépara une omelette au bacon avec un bol de chocolat au lait et des tartines grillées. Mon petit déjeuner préféré, celui que mon cholestérol aimait tant. Mais ce n'était pas pour moi, évidemment.

Je laissais finalement tomber l'idée de me laver ce jour-là et allait m'asseoir à côté de lui sur le canapé de mon salon. Il regardait les Simpson à la télé. J'ignorais que ça passait à cette heure-là. Il portait mon peignoir bleu ciel.
"Mais qui tu es, bon sang ? lançai-je.
- Je suis Simon. Simon Innocent.
- C'est aussi mon nom, balbutiai-je.
- Je m'en doute." répliqua-t-il en me regardant comme si j'étais débile.

30 novembre 2013

Les camps de concentration de la FEMA

Lecteur ! L'heure est grave, une fois de plus ! Et cette fois, c'est du sérieux : de grands intellectuels tels qu'Alex Jones ont annoncé que le Grand Satan gouvernement américain, pion du Nouvel Ordre Mondial comme tu le sais déjà, va frapper un grand coup et faire enfermer tous ceux qui s'opposent à sa tyrannie, et ce incessamment sous peu. Bon, certes, cela fait bien plus d'une décennie que ce brave Alex annonce que ça va arriver très bientôt, mais à force de se tromper, il va bien finir par avoir raison, non ?

Non ?

1. Les jolies colonies de vacances


Dans le petit monde très particulier des conspirationnistes, l'originalité n'est que rarement de mise (sans doute qu'elle est soupçonnée de faire partie du complot judéo-marxiste international, elle aussi). Ainsi, lorsqu'un conspirationniste décide de haïr le gouvernement, celui-ci ne s'embarrasse pas de le faire de manière originale et se contente de traiter les hommes et femmes au pouvoir de nazis (ou à la rigueur de fascistes) et de comparer chaque acte ou décision dudit gouvernement aux plus célèbres accomplissements du Troisième Reich. Le gouvernement augmente le budget de l'armée ? HA-HA ! C'est exactement ce qu'a fait Adolf Hitler ! Le gouvernement favorise l'enseignement de l'évolution dans les écoles ? Ben voyons ! L'évolution, c'est le darwinisme social, et le darwinisme social a mené à la Shoah, comme chacun sait ! Obama fait ses discours dans des stades ? Hitler faisait exactement la même chose* ! Le président respire de l'oxygène ? HITLER AUSSI RESPIRAIT DE L'OXYGÈNE ! Non, décidément, voilà qui fait trop de coïncidences !

La loi de Godwin : un jeu pour petits et grands.

Seulement, voilà, au bout d'un moment, les conspirationnistes américains se rendirent compte qu'à force d'accumuler les points Godwin -et après avoir réalisé que ceux-ci ne pouvaient être échangés contre un cadeau ou une réduction-, le public finissait par se lasser d'eux, de la même manière que l'on se lasse des sitcoms comiques dès lors qu'elles finissent par utiliser sans arrêt les mêmes ressorts humoristiques. Ils décidèrent que s'ils voulaient de nouveau être le centre de l'attention, ils allaient devoir frapper un grand coup. Il leur fallait fabriquer découvrir une preuve absolue que le gouvernement est bel et bien la réincarnation de l'Allemagne nazie. Il fallait quelque chose de choquant, d'énorme, de véritablement scandaleux, et si possible quelque chose qui leur permettrait de faire peur aux personnes facilement impressionnables comme il s'en trouve par millions sur ce monde merveilleux qu'est Internet. Mais quoi donc ?

Décidant finalement que la subtilité ça n'arrive qu'aux autres, les conspiros trouvèrent finalement leur nouvelle théorie : le gouvernement US, via la FEMA (Federal Emergency Management Agency, l'agence responsable de la prévention et des secours en cas de désastre) construirait des camps d'internement partout sur le territoire américain ! Oui, monsieur ! Et même que un jour, très bientôt, la loi martiale sera proclamée partout dans les États-Unis et que le GROCON fera enfermer tous ceux qui s'opposeront à lui ! Et on ne parle pas de quelques dizaines de sénateurs, mais bien de millions de Vrais Honnêtes Américains Patriotiques™ ! Peut-être même que c'est un coup des communistes nazis musulmans ! Barricadez vos fenêtres, battez votre femme (elle couche certainement déjà avec l'ennemi : dans FEMA, n'y a-t-il pas "femme" ?) et planquez-vous dans votre cave entre votre chien et vos quatre fusils d'assaut M16A1, car le gouvernement est déjà à votre porte ! Si, monsieur ! Vous verrez ! Bientôt ! Très bientôt !

"J'avais demandé une cellule avec vue sur la mer !"
Au total, c'est plus de 600 camps de concentration qui auraient été identifiés (certains vont jusqu'à plus de 800) sur tout le territoire américain, et parfois même au Canada et au Mexique. Comme c'est le cas de beaucoup d'idées ridicules, l'origine de cette théorie du complot est très obscure. Il est à peu près certain qu'elle eut pour origine le mouvement des milices paramilitaires de l'Amérique profonde. La plus ancienne itération remonte aux environs de 1996, d'après le site Skeptic Project, et provient du site d'extrême-droite American Patriot Friends Network. Cela fait donc aujourd'hui près de vingt ans que la loi martiale sera très bientôt proclamée et que demain mourra la liberté. Ne voyons pas nécessairement de contradiction là-dedans, c'est peut-être tout simplement que, tel le célèbre Docteur Manhattan, les conspirationnistes n'ont pas la même conception du temps que les simples mortels.

N'importe : l'idée avait été trouvée, ne manquaient plus que les preuves. "Peccadille, que cela !" s'exclamèrent les conspiros les plus chevronnés qui savaient déjà comment ils allaient les obtenir.

2. Opération : Ninja d'Opérette


Très bientôt, les photos et même les enregistrements vidéo de ces fameux camps inondèrent les zones les moins recommandables mieux averties du Net. La malveillance du gouvernement ne faisait plus aucun doute !...

... Bon, lecteur, je ne vais pas te jouer du pipeau plus longtemps. Tu as sûrement déjà lu plusieurs autres articles de ce blog consacrés à d'autres théories du complot. Tu sais alors que dans la quasi-totalité des cas, lorsque des conspirationnistes apportent des preuves, celles-ci sont, au mieux, peu convaincantes, mal contextualisées ou simplement trop floues pour réellement prouver quoi que ce soit. Et au pire... eh bien, au pire, elles sont carrément falsifiées.

Cette fois-ci, ce fut à peu près ce dernier cas. Lorsque des experts se penchèrent sur les photos en question (et par "expert" j'entends "toute personne ayant deux yeux, deux nerfs orbitaux et un cerveau au bout"), ils remarquèrent que ces soi-disant camps de concentration américains ressemblaient vachement à tout autre chose... Un camp de concentration supposément en activité au Wyoming s'avéra ainsi être un camp de prisonniers de Corée du Nord, dont les images avaient été réutilisées sans vergogne par des conspiros qui les avaient dénichées dans le documentaire "The Hidden Gulag : Exposing North Korean's Prison Camp" ("Le goulag caché : révélation des camps de prisonniers nord-coréens", très intéressant, au passage).


En outre, toutes sortes d'installations militaires furent consciencieusement présentées comme autant d'authentiques camps de concentration, comme par exemple le Camp Grayling au Michigan, ou Fort Chaffee dans l'Arkansas (ce qui fit bien rigoler le capitaine de la base, d'ailleurs, qui trouva hilarante l'idée qu'on puisse enfermer 40.000 personnes dans un camp qui ne peut entraîner que 7.000 soldats au grand maximum). Plus lesdites installations paraissaient frustes, inquiétantes (les barbelés sont particulièrement appréciés) et bien pourvues en personnel ainsi qu'en équipement militaire, mieux c'était.

Décidant d'aller encore plus loin, l'avocate Linda Thompson (déjà célèbre dans certains milieux pour avoir appelé à une marche armée sur Washington D.C. afin de capturer les sénateurs, les faire passer en procès et, "si nécessaire", les exécuter) réalisa le fauxcumentaire America Under Siege ("L'Amérique en état de siège", les titres plus subtils étaient sans doute tous déjà pris) dans lequel elle parvint, au péril de sa vie à n'en pas douter, à s'infiltrer dans un de ces camps de concentration situé en Indiana et à en filmer les installations. Elle avait en fait réussi à confondre un camp de prisonniers avec une station de réparation de trains AmTrak. Non, moi non plus, je ne sais pas comment c'est possible. A moins qu'elle n'ait simplement menti, naturellement, mais je préfère partir du principe qu'elle a simplement les fils qui se touchent en vertu du rasoir d'Hanlon.

CHOO CHOO MOTHERFUCKER

Pour te donner une idée du personnage qu'est Thompson et du niveau de son fauxcumentaire, à un moment du film, Thompson aborde la théorie du complot dite des black helicopters (j'espère que je n'ai pas besoin de traduire). Interrogeant un couple qui avait lancé une pétition pour l'impeachment de Clinton et dont la maison aurait supposément été incendiée en représailles, Thompson en vient à la conclusion que ça ne peut qu'être un coup des hélicoptères noirs ! Deux petits problèmes cependant : primo, en écoutant l'interview avec un minimum d'attention, on comprend qu'en fait c'est la maison voisine qui a brûlé, non celle des deux "activistes", et deuxio, le raisonnement de Thompson est que l'incendie n'aurait pu être déclenché par le disjoncteur, le ballon d'eau chaude ou par la foudre, et qu'en conclusion c'est nécessairement un incendie criminel commis par le gouvernement. Moui...

Enfin, bref. Toujours pas convaincu par ces preuves écrasantes de l'existence des camps ? Ca ne fait rien, il y en a d'autres ! Oh oui ! Houlà là, plein ! Par exemple... heu...

Ah oui ! 500.000 cercueils en plastique ont été repérés en Géorgie. De toute évidence, le gouvernement a planifié la mise à mort d'un demi-million de ses citoyens, aucune autre hypothèse n'est possible ! Bon, il est vrai qu'en regardant d'un peu plus près et en s'informant un petit peu, on s'aperçoit qu'il s'agit en fait de caveaux, qu'il y en a plutôt 50.000 et que l'endroit se trouve être un lieu de stockage pour un fabriquant de ce genre de produits, ce qui rend leur présence beaucoup plus logique, mais... heu... hum...

3. Et la marmotte met le chocolat dans le chapeau en papier alu


Bon, allez, j'arrête de jouer au con cinq minutes afin de dresser l'inévitable liste de légers problèmes et incohérences que présente cette idée au demeurant vachement marrante.

1. Donc, une fois encore, il s'agit d'un complot impliquant des la coopération de centaines de milliers de personnes (dont trois gouvernements successifs issus de deux partis différents aux idéologies peu semblables) sur plus de vingt ans, et rien n'a filtré -même pas accidentellement-, personne n'a trahi le secret ? A tout Watergate son Deepthroat, comme l'ont récemment démontré Eric Snowden et avant lui Julian Assange.
2. Tiens, puisqu'on en parle : c'est le même gouvernement qui n'a même pas été fichu de planquer ses fichiers compromettants ou d'empêcher Snowden d'aller raconter partout que la NSA fait des cochonneries avec les portables des gens qui réussirait à garder le secret sur la construction et l'entretien (ainsi que l'activation future) de centaines de camp sur son propre territoire. D'accord...
3. Linda Thompson affirme pénétrer sur une base militaire, filmer tout ce qu'elle voit, repartir et diffuser le document ainsi obtenu sans aucun problème... et ça ne soulève aucune question ? Je ne suis pas un expert, mais il me semble que s'introduire sur un camp de concentration contrôlé par des militaires et dont l'existence-même et supposée être tenue secrète devrait être quelque peu difficile. Tout ce que Thompson affirme avoir rencontré en guise de résistance est un hélicoptère noir qui aurait volé au-dessus d'elle pour observer ce qu'elle faisait...
4. Cette histoire de cercueils aussi est incohérente. Un gouvernement qui aurait assez peu de scrupules pour faire enfermer ses citoyens par millions pour subversion aurait par contre assez de décence pour les faire enterrer dignement ? Pourquoi ne pas simplement balancer leurs cadavres dans une fosse commune, ou même les brûler ?
5. Difficile de croire que la FEMA, qui a largement fait la preuve de son incompétence après l'ouragan Katrina, serait capable d'assurer l'emprisonnement de millions de personnes sur toute l'Amérique du Nord et de résoudre les problèmes de logistique liés à un tel internement.
6. Toute personne ayant étudié l'histoire du Troisième Reich et de la Seconde Guerre Mondiale saura que balancer des dizaines de milliers -et je ne parle même pas de millions- de personnes dans des camps de concentration et les y garder, ça coûte cher. Très cher. En fait, même les camps d'extermination coutèrent énormément à l'Allemagne nazie, et les prisonniers n'y restaient pourtant pas en vie très longtemps. Hors, gâcher du pognon inutilement n'est pas une excellente politique, pour un gouvernement (à moins de s'appeler Stephen Harper, j'imagine)...

Enfin, j'imagine que j'aurais les réponses à ces interrogations "très bientôt".

4. Sources et liens


- Un épisode des Skeptoids dédié à cette théorie du complot.
- Un article de Courrier International sur le même sujet.

* Oui, cet "argument" a véritablement été utilisé par quelqu'un de sérieux (et de sérieusement atteint).

25 novembre 2013

Cool, Ragnarok arrive

Lecteur, tu ne t'es toujours pas remis du non-évènement du 21 décembre 2012 ? Ne t'en fais pas, les prédictions de fin du monde, ce n'est pas ça qui manque. Et si tu trouves les prédictions habituelles trop molles du genou, que dis-tu de celle-ci : Ragnarok est prévu pour le 22 février prochain ! C'est en tous cas ce qu'on annonce à York, où l'on a vendredi dernier sonné la corne signalant qu'il ne reste plus que cent jours avant que ce ne soit la chienlit. C'est gentil de prévenir.

J'adore comme le gars à l'air de se dire : "j'espère au moins que je suis payé pour ces conneries.".

Pour ceux qui l'ignorent, le Ragnarok (ou Ragnarök pour les puristes) est la fin du monde telle que prophétisée dans l'ancienne religion nordique. Mais si, tu sais, celle avec Thor, Odin et le serpent géant qui fait le tour du monde pour se mordre la queue. Selon la légende, les Ases (les dieux) et les Géants se rencontreront sur la plaine de Vigrid pour jouer à qui pissera le plus loin version hardcore, et, après moult péripéties et un nombre de morts à faire passer un roman de George R. R. Martin pour un conte pour enfants, détruiront ce monde dans les flammes, provoquant la naissance du suivant. Seuls survivront Balder, Hödr et Vidar, ainsi que les deux derniers humains sur Terre, Lif et Lifbrasir, à qui je souhaite d'avance bien du courage pour repeupler la terre sans risquer les menus problèmes de consanguinité qu'ils ne manqueront pas de rencontrer.

Enfin, qu'on y croie ou pas, c'est en tous cas une bonne occasion pour découvrir ou redécouvrir l'histoire de ce qui est sans conteste l'une des fins du monde les plus badass de toutes les religions, et en musique, je vous prie.

Rien ne presse, ceci dit, il reste encore 97 jours.
"Vous voulez pas au moins attendre qu'on touche le sol avant de... Non ? Merde."

20 novembre 2013

The Camelot Song - Monty Python's Holy Grail

Est-il vraiment besoin de présenter cette chanson, ou le film dont elle est issue ? Non ? Ah, tant mieux, parce que j'avais la flemme.


We're Knights of the Round Table.
We dance whene'er we're able.
We do routines and chorus scenes
With footwork impeccable.
We dine well here in Camelot.
We eat ham and jam and spam a lot.
We're Knights of the Round Table.
Our shows are formidable,
But many times we're given rhymes
That are quite unsingable.
We're opera mad in Camelot.
We sing from the diaphragm a lot.
(pont)
In war we're tough and able,
Quite indefatigable.
Between our quests we sequin vests and impersonate Clark Gable.
It's a busy life in Camelot.
I have to push the pram a lot.

15 novembre 2013

Comment ne rien prédire en faisant croire le contraire

Prédire l'avenir en se basant sur rien du tout est une institution qui naquit pratiquement au même moment que la crédulité humaine*. Et c'est une entreprise qui peut rapporter gros : argent, votre photo dans un magazine féminin, popularité, retour de l'être aimé, humiliation publique lorsqu'il s'avère que vous vous êtes planté**, etc. Aussi, par respect pour cette tradition plusieurs fois millénaire, convient-il de ne pas s'y prendre n'importe comment. En racontage de bonne aventure, comme dans toute chose, il y a des règles. Règles que je vais t'enseigner là, tout de suite, parce que je n'ai vraiment rien de mieux à faire, et quelque part c'est quand même un peu triste mais bon, c'est la faute à pas de chance, et puis j'ai pas choisi de vivre et toute cette sorte de choses.


1. Les trois sujets inévitables


Dans la quasi-totalité des cas, les personnes consultant un voyant/cartomancien/pygomancien/peu importe le font pour aborder trois sujets, la Sainte Trinité si tu veux. Sujets que voici, par ordre décroissant de popularité :

- L'amour
Parce que l'amour, c'est comme les MMORPG : c'est casse-couilles mais on s'y remet toujours (ne vois aucune frustration dans cette élégante et subtile comparaison, je t'assure que je n'ai rien contre les MMORPG).
Ton mariage va-t-il couler ? Devrais-tu te taper ta nouvelle secrétaire ? Ta connasse de femme t'a-t-elle trompé avec Frédéric-Grégoire ou Victor-Eudes ? Rencontreras-tu l'âme sœur ? La réponse à toutes ces questions et peut-être même d'autres dans une prochaine séance à 45 €. Et maintenant, une page de publicité.

- L'argent
Aucune surprise, ce sujet concerne tout le monde. Les riches s'inquiètent de devenir pauvres, les pauvres s'inquiètent de devenir encore plus pauvres, les classes moyennes... heu... elles existent encore ? Ah bon, bon, tant mieux pour elles, je suppose.
Astuce : si un client vient te demander les chiffres du prochain tirage du Loto, réponds-lui que la voyance, ça ne fonctionne pas comme ça (Et s'il te demande comment ça fonctionne dans ce cas, répondez que c'est compliqué, plus baratine-le à coups d'"ondes", de "quantique" et d'"énergie". En général, le client fait semblant d'avoir compris.). Ou que si tu donnais cette réponse à tous ceux qui te la demandent, alors tu les empêcherais de chercher la Vérité par eux-mêmes, hors c'est le voyage et non la destination qui compte, et toutes ces conneries.

- Le travail
Comme l'argent, le travail concerne tout le monde (dans le sens que personne ne peut y échapper). Du prolétaire au PDG, tous consultent des diseurs de bonne aventure pour entendre que tout va bien aller dans leur futur professionnel. Bien sûr, c'est justement ce qu'il ne faut pas dire : pour fidéliser le client, ainsi que pour maximiser l'influence que tu as sur lui, tu dois lui dire que quelque chose de moche va bientôt lui arriver. Quoi donc ? Hum ! Pour l'instant, ce n'est pas très clair... Le client va peut-être se faire virer (à sortir dans les périodes économiques difficiles), ou un autre type va empocher cette promotion qu'il désirait tant ! Ha là là, les esprits sont confus en ce moment... Non, le seul moyen de le savoir avec certitude, c'est de revenir pour une prochaine séance, tu ne vois que ça. D'ici-là, les forces du surnaturel t'auront peut-être éclairé, car elles sont bonnes, bienveillantes et elles font fichtrement bien le café.

Ce n'est pas toujours facile de faire la différence entre
médiumnie et trip au LSD.

2. Le cold reading (lecture à froid)


Le cold reading est à la voyance ce que la loi de Godwin est au créationnisme : un outil crucial, indispensable et même inévitable. Le cold reading est la capacité à obtenir des informations sur ton client sans que celui-ci ne se rende compte qu'en fait c'est lui qui te les a fournies. Non, ça n'a rien à voir avec de l'espionnage, voyons, ça, ce serait plutôt le hot reading que nous aborderons dans la partie suivante. Pour lire à froid, il existe plusieurs techniques.

La première technique, et de loin la plus répandue, est l'usage de l'effet Barnum, aussi appelée effet Forer par les psychologues qui n'aiment pas que l'on donne le nom d'hommes de cirque à des choses sérieuses. L'effet Forer est la tendance naturelle des humains à vouloir donner un sens à ce qui n'en a pas nécessairement (c'est un peu comme voir des animaux dans les nuages, ou distinguer de l'intelligence dans la pupille d'une chanteuse de pop française). L'astuce consiste a exploiter cet effet, combiné au fait qu'il n'existe probablement pas un homme sur Terre ayant une opinion objective de lui-même, et de balancer des "prédictions" très ouvertes pouvant s'appliquer à n'importe qui. Dans la plupart des cas, le client trouvera que ces "prédictions" lui correspondent vachement bien, même si tu t'es contenté de dire "je vois qu'il vous est arrivé des choses bien, et puis des choses moins bien.". Lorsque tu dois décrire la personnalité du client, ne décris que des qualités que tout le monde pense posséder (l'honnêteté et la modestie, surtout) ou des défauts décrits de façon à ce qu'ils ont l'air d'être d'autres qualités. C'est très important dans une consultation, le cirage de pompes. Au moins, le client sait pour quoi il paye.

"Je vois que vous êtes quelqu'un de bon et généreux,
quelqu'un qui accepte de payer d'avance."

La seconde est appelée "shotgunning". Le principe est simple : prédire au hasard, puis te recentrer en fonction des réactions du client. "Je suis en contact avec un de vos proches décédés... C'est votre père. Non, c'est votre mère. Non ? Ah ! C'est votre frère !... Votre grand-oncle ?... Ah non, attendez, c'est votre chat !". L'astuce consiste à enchaîner les échecs au plus vite : dès que tu seras tombé juste, ton client ne sera que trop heureux d'oublier que tu t'es planté à de nombreuses reprises. Cela fonctionne d'autant mieux si le client est encore en deuil d'un proche et qu'il est désespéré de contacter ce dernier. La deuxième astuce consiste à avoir l'air précis même lorsque que tu prédis au pifomètre. Exemple : si tu évoques la mort du père du client, dis quelque chose comme : "je perçois une douleur dans la région de la poitrine...". Selon l'interprétation, cela peut désigner un problème cardiaque, un cancer du poumon, un problème respiratoire quelconque... enfin, tout ce que l'on veut pour peu qu'on ait envie d'y croire.
"Je vois un problème au ventre chez votre mère. Un problème qui lui fut fatal."
- Ma mère est morte d'une balle dans le genou.
- Le genou ! Ah oui, oui, c'est ce que j'ai dit : c'est le ventre de la jambe, en fait. Enfin, c'est au milieu, quoi."

Une troisième technique à employer en conjonction avec les deux autres est celle dite de la "ruse arc-en-ciel" (rainbow ruse), de toute évidence nommée ainsi par un type qui tenait absolument à ce qu'on ne prenne pas la sociologie au sérieux. La ruse arc-en-ciel consiste à dire tout et son contraire, de sorte que le client ait plus de chances de trouver que les prédictions lui correspondent. Ne lésine pas sur les généralités. Exemple : "Vous êtes très honnête avec les gens, mais vous savez qu'il n'est pas toujours bon de dire toute la vérité." "Je dirais que vous êtes plutôt quelqu'un de réservé, mais vous savez vous faire entendre quand c'est nécessaire." "Vous préférez payer par cash, mais vous reconnaissez qu'une MasterCard c'est quand même parfois bien plus pratique."


 3. Le hot reading (lecture à chaud)


Si le cold reading consiste à déduire tout ce que vous pouvez sur un client durant une séance avec lui, le hot reading a lui pour objectif d'obtenir autant d'informations que possible avant que d'entrer en contact avec le client de façon à vraiment l'épater.

La technique la plus courante autrefois était tout simplement de poser des questions apparemment innocentes à un ami du client (le plus souvent l'ami qui vous a recommandé auprès dudit client). Mais cette méthode est devenue obsolète à l'ère d'Internet, grâce à la venue au monde de ces fantastiques outils que sont les réseaux sociaux, outils grâce auxquels la vie privée n'est plus qu'un concept moyen-âgeux. Quelques recherches sur Facebook, Google+, voire MySpace pour les clients venus tout droit de l'âge du bronze, et tu trouveras tout ce que tu as besoin de savoir : les morts dans la famille du client (avec la date de décès, la cause, etc.), les détails de la vie passée du client ("je vois dans mon ordina... dans ma boule de cristal que vous avez fait de brillantes études à l'université Lyon II..." "Bah mince alors ! comment vous le savez ?"), le ou la partenaire du client ("je vois que vous vous inquiétez pour votre relation avec Marie-Gertrude...")... tu trouveras peut-être même des photos compromettantes, en prime !

Voire même des photos qui t'empêcheront de dormir 
jusqu'à la fin de tes jours !

Ah, ça nous change du temps où nous autres médiums devions fouiller dans les sacs à main de nos clientes, ou envoyer des complices fouiner dans leur entourage. C'est plus propre, comme ça.

4. Quelques magnifiques échecs de médiums célèbres 


Pour conclure un tel article, quoi de mieux que de se moquer fort justement de ces gens supposément extralucides qui se sont plantés dans les grandes largeurs devant des milliers d'auditeurs/spectateurs ?

- La trop célèbre charlatane Sylvia Browne prédit que les mineurs de Virginie-Occidentale, qui s'étaient retrouvés pris dans un effondrement accidentel, seraient tous retrouvés morts. Quelques jours plus tard, tous sauf un furent retrouvés bien vivants. Loin de se démonter, Browne accusa la radio Coast to Coast AM où elle avait fait sa prédiction d'avoir déformé ses parolesAJOUT : Sylvia Browne est morte le 21 novembre 2013, à l'age de 77 ans, alors qu'elle avait prédit mourir à 88. Heh.
- Le médium britannique Joe Powers eut également le droit à son humiliation lorsqu'il entra en contact avec Karen Matthews, dont la fille de 9 ans Shannon avait disparu. Powers annonça avoir une vision d'un homme en voiture ayant emporté l'enfant. Il fut révélé par la suite que le ravisseur n'était autre que Karen elle-même, qui avait orchestré l'enlèvement de sa fille en espérant toucher la rançon. Bien qu'il ait plus tard modifié son histoire pour faire croire qu'il avait raison depuis le début, l'extralucide ne parvint pas à faire oublier au public qu'il s'était trouvé à proximité de la kidnappeuse sans même s'en apercevoir.
- L'émission australienne The One organisa une soirée dédiée au spiritisme dont le but était de tester les meilleurs médiums -ha !- d'Australie grâce à une série de défis. L'épreuve la plus amusante -et la plus embarrassante pour les candidats- fut celle durant laquelle les médiums furent largués dans une forêt. L'objectif était de retrouver l'hélicoptère en moins de 15 minutes grâce à leurs seuls pouvoirs mentaux. Les pauvres clairvoyants se mirent très rapidement à tourner en rond en affirmant que les esprits les guidaient.

"Dis-donc, t'as pas l'air doué pour t'orienter en forêt...
- Eh oh, je suis l'esprit d'Elvis Presley, pas de Bear Grylls !"

* Pour la petite histoire, c'était un lundi matin. COMME PAR HASARD.

** Non, d'ailleurs c'est pas vrai, même quand vous vous plantez, vos fidèles ne sont que trop heureux d'oublier toute l'histoire et de faire comme si vous n'aviez rien prédit du tout.

9 novembre 2013

Mike le poulet sans tête

Quand on s'intéresse au paranormal, au surnaturel et aux trucs du même genre, on tombe souvent sur des histoires inhabituelles (telles que les supposés cas de maisons hantées), bizarres (telles que bien des observations d'OVNI) ou tout simplement aberrantes (tel que cet imbécile que j'ai croisé et qui m'a assuré que le Canada faisait partie des États-Unis). Et il arrive parfois que l'on tombe sur une histoire vraiment... vraiment... enfin, une histoire pour laquelle il n'existe même pas d'épithète approprié.

L'histoire de Mike le poulet sans tête, également appelé Mike le Miraculé, entre sans nul doute dans cette dernière catégorie.

Cot cot.

Pour ceux d'entre vous qui n'ont pas entendu parler de cette volaille, celle-ci se distingua de ces compères en ayant accompli l'exploit de vivre pas loin de 18 mois sans tête. Attention, les enfants, la suite de l'histoire est, vous vous en doutez, quelque peu dégueulasse.

Selon la petite histoire, le propriétaire de la poule, un fermier américain portant le doux nom de Lloyd Olsen, lui aurait un beau jour coupé la tête à la hache afin de pouvoir déguster le reste avec des pommes de terre sautées et un bon tonneau de bière. Ayant peut-être déjà commencé par cette dernière étape, Olsen manqua la veine jugulaire de la volaille, ainsi que son oreille interne et la majeure partie de son tronc cérébral. Mike se retrouva ainsi sans tête, mais toujours bien vivant.

Après s'être avisé que la chose n'était pas une plaisanterie morbide de Nyarlathotep, Olsen décida, un peu honteux -ou trouvant la situation hilarante-, de ne pas finir le travail et d'élever le jeune coq quasi-sans-tête. Le gallinacé ne possédant plus de bec, le fermier le nourrissait de très petites graines et de lait à l'aide d'une pipette enfoncée dans ce qui lui restait de cou. Peu à peu, Mike apprit à vivre avec son nouveau corps : il put de nouveau marcher et grimper aux perchoirs les plus élevés sans perdre l'équilibre. Il pouvait même à nouveau chanter, si émettre un hilarant bruit de gargouillement guttural peut-être considéré comme un chant. On l'observa également tenter de se lisser les plumes et de picorer la nourriture, prouvant que la seule chose qui a l'air plus con qu'une poule devant un couteau est une poule sans tête.

Pendant longtemps, on crut naturellement que tout cette histoire n'était qu'un canular grotesque. Il fallut que Lloyd Olsen amène l'animal à l'Université d'Utah de Salt Lake City pour que l'on reconnaisse qu'il était effectivement possible d'être trop incompétent pour tuer correctement une poule en la décapitant. Les neurologues qui examinèrent Mike conclurent qu'il s'agissait là d'un exemple très illustratif -et même très graphique- de la capacité du tronc cérébral à s'occuper des fonctions motrices même lorsque le cortex cérébral à foutu le camp avec pertes et fracas.

Réalisant que ce poulet trompe-la-mort pourrait s'avérer être une vraie manne, Olsen décida d'attirer l'attention de la presse locale sur Mike. Très vite, l'histoire fit les choux gras de beaucoup de journaux, y compris du magazine Time. Le poulet devint rapidement une attraction touristique. Pour 25 cents de l'époque, le public pouvait à loisir admirer Mike l'Horrible Truc Sorti d'un Roman de Stephen King. Mike rapporta à son propriétaire jusqu'à 4.500 $ par mois (soit 48.000 $ après inflation). Inspiré par cet... accomplissement, faute d'un meilleur terme, d'autres éleveurs de poules décidèrent de décapiter leurs volailles pour avoir eux aussi leur propre Mike. Malheureusement, il s'avéra très vite que couper la tête des poules était quelque peu fatal pour les ex-futurs-imitateurs.

Mike mourrut finalement d'étouffement en mars 1947 (quelque mois à peine avant l'incident de Roswell ! Coïncidence ?!). Bien des années plus tard, un « Mike the Headless Chicken Day » lui fut dédié dans la petite de ville de Fruitas dans le Colorado (à deux pas de la localisation supposée de South Park ! Coïncidence ?!), au cours de laquelle les fêtards sont invités à participer à toutes sortes de compétition de bon goût telles que le lancer d'œufs et la course comme un poulet sans tête sur 5 miles (5 ! Exactement le nombre de branches dans l'étoile de David à une près ! Décidément, ça fait beaucoup de coïncidences !).

Et ainsi s'achève l'amusante quoique morbide histoire de Mike le poulet sans tête. Lecteur, je te laisse le soin d'imaginer quelle morale on pourrait bien tirer d'un tel conte.

21 octobre 2013

Fuck You Texas

Aujourd'hui dans "j'apprends la subtilité sur Internet", voici une vidéo qui emmerde à la fois le Texas, les épileptiques et le bon goût en général.


Think 'bout a place that's hot as hell
'Bout drier than the bottom of a dried-out well
And I think ya know what Texas means to me
Ain't got no money, ain't got no jobs
The banks are all too poor to rob
And I'd like to say one thing 'fore I leave

Fuck you, Texas, and fuck your Lone Star Beer.
Fuck that fucking Alamo, and fuckin' long-horned steer.
Fuck every Dallas cowboy, that ever draw'd a breath
Fuck you, Texas, and fuck you plumb to death!

I work'd my fingers to the bone
But I knowed I wrote some pretty good songs
'Til I drew the wrath of the Texas LCB
They jerked my tunes off the honky-tonk
With a bullshit list of 'do's and 'don't's
They lock'd 'em up, and throw'd away the key.

Well, fuck you, Texas, and fuck your Lone Star Beer.
Fuck that fucking Alamo, and fuckin' long-horned steer.
Fuck every Dallas cowboy, that ever draw'd a breath
Fuck you, Texas, and fuck you plumb to death!

Well, I'm headed for the border line
Anyplace else'll be just fine
As long as there's a job and a decent place to sleep
Get up each mornin' with my ass-a-flexin'
And give birth to yet another Texan
And write a song as he slips between my cheeks!

So, fuck you, Texas, and fuck your Lone Star Beer.
Fuck that fucking Alamo, and fuckin' long-horned steer.
Fuck every Dallas cowboy, that ever draw'd a breath
Fuck you, Texas, and fuck you plumb to death!

Fuck you, Texas, and fuck your Lone Star Beer.
Fuck that fucking Alamo, and fuckin' long-horned steer.
Fuck every Dallas cowboy, that ever draw'd a breath
Fuck you, Texas, and fuck you plumb to death!

14 octobre 2013

Le rôlisme, Satan, les chrétiens et tous leurs amis

Lecteur, lectrice, il est temps qu'on se parle honnêtement. Pratiques-tu le JDR ? Eh bien, tu dois cesser sur-le-champ ! Car à la Vérité, le rôlisme n'est pas comme tu le crois naïvement un loisir innocent et inoffensif. Ainsi que tu vas le découvrir, ce n'est rien moins que l'incarnation du Mal sur Terre, une manœuvre de Satan pour berner les jeunes ! Pour mieux comprendre ce danger, lis cet article, Jésus te l'ordonne. Et moi aussi.

1. Échec critique au jet de sauvegarde contre les fumisteries


Notre histoire idiote commence aux États-Unis ("comme beaucoup d'histoires idiotes", oui, oui, je sais), alors que Gary Gygax produisit l'un des tous premiers jeu de rôles, le célèbre Donjons et Dragons. Peu de temps après à sa sortie, le jeu provoqua une controverse. Et par controverse, j'entends que deux-trois glandus de la droite chrétienne conservatrice, visiblement terrassés par l'ennui, ont décidé qu'ils étaient offensés et de prêcher à qui voulait bien l'entendre que D&D était un jeu maléfique qui corrompait la jeunesse, la menant à la dépression, au suicide, et peut-être même à voter socialiste.

6-6-6 ! Coïncidence ?
En effet, ce jeu mettait en scène des créatures surnaturelles et permettait aux joueurs de posséder des pouvoirs magiques, les encourageant de toute évidence à pratiquer la sorcellerie ! Les joueurs sont mêmes encouragés à incarner des personnages vénérant des dieux qui -horreur blasphématoire ultime !- ne sont pas Jésus Christ ! Pire encore que tout cela, ces ouvrages maléfiques contenaient des images pornographiques, à savoir deux ou trois images de succubes et de femmes nubiles en petite tenue (c'est pas pour dire, mais même dans la Bible on trouve plus dégueulasse).

Ces reproches, au demeurant ridicules, sont particulièrement ironiques pour qui sait que Gary Gygax était un chrétien pratiquant et que son JDR empruntait énormément à la mythologie chrétienne (des paladins ? des clercs ? des anges* ? c'est sûr que ça sent tout de suite le satanisme), reprenant même sa conception de la moralité (avec les axes très archétypiques Loyal/Chaotique et Bon/Mauvais).

La grogne anti-D&D s'amplifia encore (quoi qu'elle demeura malgré tout fortement réduite, puisque même la plupart des conservateurs ne trouvait aucun intérêt à cette histoire) à la suite de la triste histoire d'Irving Pulling, dit "Bink". Pulling était un jeune lycéen américain qui, le 9 juin 1982, se suicida d'une balle dans la poitrine, "quelques heures après qu'une malédiction lui fut lancée durant une partie de jeu de rôles" d'après la presse locale. Irving Pulling était en effet un rôliste, aussi sa mère Patricia décida de ne pas chercher plus loin la cause de la mort de son fils et se lança aussitôt dans une croisade contre les horreurs innommables du rôlisme.

Pour cela, Patricia Pulling déposa plusieurs plaintes et intenta plusieurs procès à la société TSR Inc., créateurs de D&D, les accusant d'avoir mené son fils au suicide. Elle fit également de même envers le principal du collège de son fils, l'accusant d'avoir placé une "malédiction D&D" sur feu Irving. Surprise totale, les plaintes de Patricia furent déboutées.

Un rituel satanique (mené par un rouquin, de surcroît !).

Refusant de s'en tenir là, Patricia Pulling fonda l'organisation Bothered About Dungeons & Dragons . Non content d'emmerder les joueurs de D&D**, leur objectif était de cibler "la musique rock violente et liée à l'occulte, les jeux de rôles utilisant la mythologie occulte (sic) et la vénération de dieux occultes dans des situations de roleplay comme D&D, le satanisme adolescent impliquant le meurtre et le suicide, et la pornographie car elle affecte les comportements des adolescents et modifie leurs attitudes et leurs valeurs d'une façon négative.". Pulling, dans un accès de subtilité sur lequel le militant extrémiste moyen serait bienvenu de prendre exemple, affirma même que D&D utilisait "le vaudou, le meurtre, le viol, le blasphème, la folie, la perversion sexuelle, l'homosexualité, la prostitution, le cannibalisme, la divination, etc." et que le JDR en général entraînait 500 suicides par an. L'organisation publia un hilarant livret de "prévention", expliquant en détail pourquoi si tu joues à un JDR, tu finiras par violer et assassiner ton père au terme d'un rituel même pas chrétien (et ça, c'est inacceptable !).


2. Sort de Résurrection de Masse


Après la mort de Pulling en 1997, l'organisation BADD fut essentiellement dissolue. La haine anti-JDR s'effaça elle aussi... temporairement. Seul le dessinateur plus qu'à moitié fêlé Jack Chick eut le courage de s'opposer à la menace imaginaire dans une bande dessinée nommée Dark Dungeons, dans laquelle il expliqua que si vous incarnez un sorcier dans un JDR, vous obtiendrez des pouvoirs magiques pour de vrai (Jack Chick est en effet connu pour la connexion très ténue qu'il a avec la réalité).

Heureusement pour les fêlés de tous poils et de tous pays, Internet fit son entrée en scène, permettant à n'importe qui de raconter n'importe quoi et d'avoir malgré tout de l'attention. C'est ainsi que, de nos jours encore, nombre de furieuses andouilles avec beaucoup trop de temps libre s'amusent régulièrement à attribuer la responsabilité de divers crimes et tragédies au JDR, sans doute parce qu'on ne peut pas tout le temps accuser l'Islam ou les Juifs, un peu d'originalité que diantre.


Ainsi, peu après la tuerie commise par Amy Bishop à l'université d'Alabama (Huntsville, USA), le journal supposément sérieux Boston Herald affirma que c'était D&D qui avait motivé la meurtrière. L'inanité de l'article ne manqua pas de déclencher des grognements d'exaspération et des éclats de rire un peu partout sur la toile. Peu de temps après, l'ultra-ultra-ultra-conservateur Pat Robertson, sans doute en mal d'idées pour animer son émission entre deux gay-bashings, décida de reprendre le flambeau de cette ânerie : "Dungeons & Dragons literally destroyed people's lives." ("D&D a littéralement détruit la vie des gens"). Mais oui, Patty, mais oui.

Mais ne sois pas jaloux des américains, jeune lecteur français. Preuve que l'exception culturelle française n'est pas une expression dépourvue de sens, nous avons une fois de plus les mêmes à la maison, grâce notamment au très catholique site Info-Sectes (je conseille également la lecture de leur article sur Harry Potter, qui démontre sans l'ombre d'un doute que le ridicule ne tue pas) ! L'impayable site Top Chrétien avait lui aussi dédié un article hallucinant (dont voici un copier-coller sur le forum de la FFJDR) sur le même sujet, avant que celui-ci ne disparaisse, ses auteurs ayant peut-être réalisé que la communauté rôliste francophone toute entière en riait à gorge déployée. Quelques morceaux choisis pour gonfler artificiellement la taille du présent article situer le niveau :

"J'ai personnellement pris beaucoup de plaisir à raconter des albums pour enfants et à animer des « heures du conte » avec de jeunes enfants en bibliothèque, mais il y avait une règle d'entrée et de sortie de l'imaginaire, quelquefois matérialisée par ces paroles : « Cric-crac : mon histoire sort du sac » et à la fin de la séance : « Cric-crac, mon histoire retourne dans le sac »."
"[Le rôliste] peut même, dans des cas extrêmes, « passer à l'acte » et tuer quelqu'un, sans se rendre compte de la réalité et de la gravité de son geste.
"il peut finir par croire qu'il est maître de sa destinée, même si sa vie personnelle est un désastre, [...] il a alors une image de lui totalement faussée et peut se sentir d'autant plus mal à l'aise avec son conjoint, ses enfants, ses collègues de travail qui ne sont que de simples humains."
"Avez-vous déjà goûté à toutes sortes de drogues ou de poisons pour vous faire une « opinion personnelle » à leur sujet ? Non évidemment … Pour moi c'est juste la même chose."
Oui, tu as bien lu, cher lecteur. Cocaïne, méthamphétamine, cyanure, Warhammer 40K, même combat. Te voilà averti.


3. Invocation de liens


Roleplaying Games and Satanism, un article très exhaustif (tout en anglais) de l'écrivain Michael Stackpole, lui-même rôliste de longue date.
- Le jeu de rôles et la droite chrétienne aux États-Unis sur le site Places to Go, People to Be.


Ajoutons d'ailleurs que Gygax ne voulait pas voir les anges figurer dans la liste des monstres, car l'idée que des joueurs puissent tuer des anges ne lui plaisait pas.
** Ca, encore, je pourrais le comprendre, puisque je fais souvent la même chose. Mort au système D20 ! Mort à l'OGL ! Le Basic Roleplaying System triomphera !

1 octobre 2013

Lettre ouverte à la mairie de Guidel

Madame, monsieur,

Suite aux évènements ayant eu lieu du 11 au 16 septembre 2013 dans la commune de Guidel, je vous adresse ce courrier afin de vous communiquer mes plus sincères excuses. Cette démarche m'a été dictée à la fois par ma conscience et ma morale, et en aucun cas comme le veulent certains bruits de couloir par un ordre de justice rendu au 28 septembre me menaçant d'internement forcé et définitif à l'hôpital psychiatrique de Charcot. Je vous prie de ne pas prêter attention à ces ragots, surtout à ceux émis par maitre Julien Guillemot, procureur général de la République. Il est évident qu'il ne sait pas de quoi il parle.

Avec un si joli littoral, on aurait pu croire que plus de gens
auraient pensé à fuir par la voie des mers. Maiiiis non.
Avant toute chose, il convient que j'explique quel était l'objectif de l'étude sociologique que j'ai mené dans votre charmante petite ville, pour ceux d'entre vous qui l'ignorent encore où n'en connaissent que la version déformée par la cabale anti-intellectualiste qui s'est opposée à moi et à mon expérimentation. J'en profite pour dire que je n'apprécie pas le terme de "folie meurtrière" que certains ont employé pour qualifier ladite étude, guère plus celui de "monstrueux bordel", termes que je juge politiquement incorrects. J'ose croire en effet que même les études scientifiques ont leur sensibilité. De la même façon, j'avoue avoir été choqué par l'emploi à mon endroit de qualificatifs tels que "salopard" ou "psychopathe". Est-il encore besoin de rappeler que la sociopathie et la psychopathie sont deux conditions très différentes ? En outre, le terme de psychopathe est impropre, et peut être considéré comme injurieux. Je lui préférerais l'expression "personne ayant une interprétation différente du contrat social". Mais peu importe.

Mon objectif, pour en revenir au sujet, était tout ce qu'il y a de plus altruiste. J'oserais même dire tout ce qu'il y a de plus humanitaire : il s'agissait de tester la capacité de la petite ville de Guidel à résister à une invasion de zombies. Il m'est apparu en effet à la suite de plusieurs courriers échangés avec monsieur le maire, son adjoint, ainsi qu'avec le commissaire de police local et le chef des pompiers, qu'aucun responsable de votre ville ne semblait faire grand cas de la possibilité d'une attaque de zombies. En fait, trois des personnes sus-mentionnées se sont ouvertement moqué de moi et la quatrième m'a demandé si j'étais certain de bien prendre mes médicaments tous les jours.

Comme l'a dit un très grand monsieur dont le nom m'échappe -et dont j'écorche sans doute les paroles, la faute à ma mémoire défaillante et au fait que dans le fond j'en ai pas grand-chose à foutre-, "on reconnait un génie au fait que les imbéciles se conjurent contre lui". Les imbéciles sus-cités s'étant ligués contre moi, j'en conclus tout naturellement que j'avais parfaitement raison.


C'est donc suite à cette déduction de pure logique que je lançais mon étude le 3 septembre. On m'a demandé pourquoi j'ai choisi la petite ville littorale de Guidel (Morbihan, Bretagne), ou pour reprendre l'expression qui fut employée, pourquoi je n'ai pas décidé "d'aller foutre mon bordel ailleurs, au fond d'un précipice par exemple". Tout d'abord, je m'étonne d'avoir à expliquer qu'un précipice est un cadre qui ne se prêterait absolument pas à ce genre d'étude. Ensuite, plusieurs facteurs se sont avérés déterminants dans mon choix final : premièrement, le fait que Guidel est une ville de petite taille (10.359 habitants) et dont la densité de population était dans la moyenne française, ce qui en faisait donc un sujet de test presque idéal, ne serait-ce que parce que ça ne ferait pas une grande différence si jamais elle venait à être rasée par l'armée dans le cas -peu probable- où l'étude tournerait mal. Mais, ce qui est plus important, je me foutais pas mal de sa population, évitant ainsi un possible biais de ma part. Très important, ça, le double aveugle.

L'expérience fut donc lancée au matin du mercredi 11 septembre, à l'occasion de rien de spécial, puisque comme chacun sait, il ne se passe jamais rien d'important au mois de septembre. Je tiens à remercier plusieurs personnes qui ont contribué -certes bien involontairement- au bon déroulement de l'expérimentation. En premier lieu, les services de diffusion de messages d'urgences de la municipalité locale, dont la sécurité informatique nullissime m'a permis de remplacer leur musique d'ascenseur sans intérêt par un faux flash d'information relatant une attaque de morts-vivant sur tout le territoire français. On me dira sûrement que le piratage est un crime, ce à quoi je répondrais que ce n'est pas du piratage de se connecter à un compte dont le mot de passe est "motdepasse". Mais c'est un autre débat.

En deuxième lieu, je voudrais remercier les nombreux pochtrons que j'ai ramassé dans divers caniveaux cette même matinée afin de les déguiser en zombies avant de les relâcher en plein centre-ville. Les tâches de vinasse et de vomi sur leur visage et leurs vêtements, combinés à leur air hagard, leur démarche de manchot empereur rongé du bulbe et surtout leurs grognements donnèrent vraiment un air authentique à leur déguisement. En revanche, je m'excuse de ne pouvoir être en mesure de leur donner la bouteille de rouge que j'avais promis à chacun, et ce pour la bonne raison que les dépouilles de la plupart d'entre eux n'ont toujours pas été retrouvées. Pas de sépulture, pas de biture.


L'expérience fut interrompue le 16 septembre (un lundi, comme par hasard !), soit 358 jours avant la fin prévue initialement, par l'intervention très inopportune de la brigade de gendarmerie mobile menée par la capitaine Georgette Petitjean. Je passerais volontiers sur les évènements de ce jour, y compris ma fuite désespérée -et vaine- face aux forces de l'oppression étatique, pour passer directement à la partie que, j'en suis sûr, vous attendez tous avec impatience : les résultats de l'étude. Eh bien, je n'irais pas par quatre chemins : je suis profondément déçu de voir que la population guidéloise n'est tout simplement pas préparée à une attaque de zombies. Je suis aussi choqué et surpris que vous.

Dans l'ensemble, les différents comportements des sujets de l'étude peuvent être regroupés en quatre grandes catégories que je vais explorer céans.

La première catégorie est celle que j'appellerais la catégorie des briscards, parce que c'est pas tous les jours que j'ai l'occasion d'utiliser ce mot. Cette catégorie (composée d'environ 2 % de l'ensemble des sujets de test) inclut les personnes qui surent le mieux faire face au danger, sans nul doute grâce leur expérience due au visionnage de films de zombies. A moins qu'ils ne soient simplement cinglés, mais ça m'étonnerait. Les membres de ce groupe se montrèrent les seuls aptes à affronter la menace, grâce aux armes qu'ils parvinrent à se procurer et aux abris de fortune qu'ils fabriquèrent.

Je pense notamment au brave Clotaire M. qui se servit de sa vieille mitrailleuse AAT-52, relique de la guerre d'Algérie, pour réaliser un carton époustouflant dans son quartier. "J'ai toujours rêvé de faire ça, m'a-t-il confié alors que nous nous trouvions tous les deux menottés sur un banc du commissariat. J'ai toujours été intimement convaincu que ma bibiche était aussi efficace contre mes voisins que contre les bougnoules !". Alors bien sûr, des mauvaises langues telles que le capitaine Petitjean argueront que ce courageux vétéran n'était même pas au courant de cette histoire de zombies et qu'il avait simplement envie de zigouiller son voisinage, mais je pose la question : cela rend-il son accomplissement moins impressionnant ? J'ose croire que non !

Les plus audacieux d'entre eux parvinrent à investir le poste de police local afin d'en récupérer les armes, avant de se barricader derrière les murailles de Fort-Bloqué. Là, ils constituèrent des défenses qui n'auraient pas fait honte à Rick Grimes et fondèrent un état souverain et indépendant qu'il baptisèrent Super-Germaine-Land (leur chef voulait faire plaisir à sa femme). En fait, leurs fortifications étaient si élaborées et ils s'isolèrent si bien du monde extérieur qu'aux dernières nouvelles ils y sont toujours, et même la marine nationale n'est pas parvenue à les en déloger. Voilà la preuve, s'il fallait la faire, que les blagues les plus courtes ne sont pas nécessairement les meilleures.

Il est vrai que les terres cultivables sont un peu limitées en taille, mais à
part ça, c'est très bien situé. En plus, c'est orienté au nord.

La deuxième catégorie, ensuite, est celle dite des fuyards (environ 8 %), qui, comme leur nom l'indique, décidèrent que leur salut serait dans la fuite. Je rappellerais à ceux de cette catégorie qui me liraient que la devise de Guidel est supposément "Leal ha fidel berped" ("Loyal et fidèle toujours"), et non "barrez-vous en courant, plus vite, bon sang, plus vite". Qui plus est, on n'affronte pas un péril en lui tournant le dos, en particulier lorsque que ce péril est à la fois mort-vivant et national (et non, ce n'est pas au Conseil Constitutionnel que je fais allusion).

Il y eut pour l'essentiel deux types de fuyards. Les premiers, les plus nombreux, tentèrent de fuir en automobile. Idée particulièrement sotte et trahissant le peu de réflexion que ces gens consacrèrent à leur survie, puisqu'en prenant tous cette même décision en même temps, ils bloquèrent les routes permettant de quitter la ville. Plus intelligents qu'eux furent ceux du deuxième type qui prirent la fuite à bord de bateaux de pêche ou de plaisance, sans doute pour s'en aller fonder une société maritime post-apocalyptique comme dans Waterworld, mais sans Kevin Costner (donc beaucoup mieux que dans Waterworld). Certes, la plupart, en proie à la panique et incapables de manœuvrer des voiliers même -c'est le cas de le dire- pour sauver leur vie, s'échouèrent ou disparurent en mer, mais j'ai envie de dire que c'est l'intention qui compte.

La troisième catégorie est celle dite des pillards (environ 10 %). Catégorie inévitable s'il en est, aussi ne m'étendrais-je pas trop longuement dessus. Je ferais toutefois remarquer la stupidité de certains de ces pillards que j'ai observé voler plusieurs dizaines de bourriches d'huîtres ainsi que quatorze caisses de Côtes du Rhône 1991. Enfin, pour accompagner des huîtres, rien de tel qu'un bon petit Chablis ! Le fait que des morts sortent de leur tombe pour dévorer les vivants n'est aucun cas une excuse pour oublier son éducation ou son bon goût.

J'inclus dans cette catégorie ceux qui se contentèrent de causer des dégâts matériels sans but précis, pensant sans doute -et je ne leur donne pas tort- qu'une attaque de zombies n'est pas complète sans quelques bâtiments et véhicules en flammes pour égayer le paysage.

De toutes façons, voyons les choses en face : les HLM
sont fait pour être brûlés.

La quatrième catégorie, enfin, est celle dite des connards (environ 80 %), et regroupe l'ensemble de ceux qui n'ont rien compris au but du jeu et se sont contenté de courir dans tous les sens en hurlant durant tout la durée de l'étude plutôt que de faire quoi que ce soit de constructif. Loin de moi l'idée ou l'envie d'être inutilement méchant, mais quand une véritable invasion de zombies se produira, ils se feront tous bouffer et ce sera bien fait pour leurs culs. Peut-on encore s'étonner de l'état actuel de la recherche française, quand il se trouve parmi la population de tels ahuris se mettant en travers de la destinée manifeste de la Science par leur seule idiotie ?

En conclusion, mon étude a mis en évidence que la petite ville de Guidel n'a ni les infrastructures, ni la préparation, ni la mentalité nécessaire pour survivre au fléau mort-vivant. Naturellement, la communauté scientifique me fera remarquer qu'une étude seule n'est pas une preuve suffisante, et je suis on ne peut plus d'accord : rien de tel que la reproductibilité. Malheureusement, la cabale anti-intellectualiste susmentionnée a d'ors et déjà fait pression sur divers élus pour m'empêcher d'aider mon prochain en reproduisant mon expérience dans d'autres lieux, arguant vaguement que ce serait dangereux.

Je me défends de cette accusation inique et ridicule. Mon étude n'a tué personne. Je devrais dire : mon étude n'a tué personne proportionnellement à une véritable attaque de zombies -et proportionnellement à une guerre nucléaire, on pourrait même dire que mon étude a fait un nombre négatif de victimes, et a donc sauvé des vies. J'ajoute que les disparus ne comptent pas comme des morts, sinon on ne les aurait pas classés comme disparus, commencez pas à faire chier.

Pour terminer cette lettre, je vous invite, madame, monsieur, a réviser votre jugement à mon endroit à la lumière de ces faits évidents que j'ai évoqué, et à ne pas vous laisser dicter vos réactions par vos émotions. Si vous ne réalisez pas encore l'importance d'expérimentations de ce type, je n'aurais qu'une chose à dire : ce n'est pas parce que les mort-vivants sont des créatures imaginaires qu'ils n'existent pas. D'ailleurs, je mets au défi quiconque lira ceci de prouver l'inexistence des zombies.